NOS THEMATIQUES 2021 - 2025

Au cours de notre processus d’évaluation (2019-2020), nous avons remarqué que la question des systèmes de domination avait toujours été présente dans nos thématiques et notre engagement sans toutefois avoir été explicitement nommée. Lors du quinquennat précédent, dans notre thématique 2 « Décrypter l’organisation du monde pour le transformer », nous avions indiqué notre volonté d’analyse critique de la société. Cette démarche nous avait semblée primordiale pour aborder nos trois autres thématiques. Il fallait décrypter l’organisation du monde pour le transformer sur le plan social (notre thématique 1), éducationnel et culturel (notre thématique 3) et environnemental (notre thématique 4).

Fort de ce constat, nous pensons aujourd’hui que ce décryptage qui conduit à nommer les rapports de force, à identifier les dominations et les privilèges présents à tous les niveaux de la société, ne doit pas être traité séparément et doit faire partie intégrante de chacune de nos thématiques. De même que l’écologie s’est imposée dans le monde politique comme un thème transversal et est à présent intégré dans tous les programmes, le thème des rapports de domination doit trouver sa place dans chacune de nos thématiques car il tend à dénoncer un système complexe et non l’un ou l’autre fait isolé.

Dès lors, il faut le dire, clairement, inlassablement : oui, il est question de domination dans les rapports sociaux ; oui, il est question de domination dans l’éducation ; oui, il est question de domination dans l’écologie. Et ces dominations, bien sûr, se croisent. Voilà pourquoi il est important de décrypter, de défaire les rouages, de faire preuve d’esprit critique et d’ouverture – c’est aussi la mission que se donne l’éducation permanente. Pour les cinq ans à venir, nous travaillerons autour de trois thématiques au sein desquelles une attention particulière sera donnée à ce qui faisait auparavant office de thématique à part entière.

Nous tenons aussi à ne pas perdre de vue les rouages de dominations et de privilèges à l’œuvre au sein de notre propre réseau pour ne pas reproduire inconsciemment ce que l’on voudrait dénoncer.

Domination dans le réseau ?

Notre public ne fréquente pas de blancs hors des institutions. C’est dommage et c’est ça qu’on essaie de palier avec Culture & Développement. Ici, ils rencontrent d’autres belges sympas. Eux ils voient des gens, ils ne voient pas la structure raciste. C’est nous qui faisons le lien avec les structures. C’est nous qui faisons le lien en discutant avec eux, en leur faisant comprendre le racisme structurel, déclarait une de nos animatrices lors de notre évaluation. De fait, le premier empêchement à lutter contre son oppression, c’est de ne pas se sentir opprimé (Delphy, 1977). Donc, avant la lutte, il y a la découverte de l’oppression, de son existence autour et contre soi.
Evoquer les systèmes de domination – le racisme, le patriarcat, le capitalisme, la grossophobie, l’âgisme, le validisme… –, c’est pointer les discriminations évidentes dans notre société mais c’est aussi prendre en compte le caractère invisible de celles-ci, en ce qu’elles reposent sur l’habitude et l’absence de remise en question de nos propres façons d’être et d’agir au quotidien. Prendre conscience de notre possibilité d’être dominé·e·s et dominant·e·s, c’est prendre conscience de nos propres privilèges.
En outre, l’éducation permanente nous paraît pertinente pour aborder ces questions où chacun continue, au contact de l’autre, à apprendre et à questionner ses propres savoirs et habitudes.

Une écriture égalitaire

Nous avons rédigé les textes de nos nouvelles thématiques en utilisant le concept d’écriture inclusive. Si ce concept fait toujours débat dans la société et au sein même de notre réseau, nous voulons dire ici, avec les mots d’Olivier Bonfond, que bien sûr, certains considéreront que cela n’en vaut pas la peine, que c’est un détail et que cela alourdit inutilement la lecture. Mais que, convaincus que la langue et la grammaire sont en partie le reflet et le produit d’une société et que l’idéologie qui sous-tend la langue française est sexiste, nous pensons qu’il est très important de déconstruire le postulat selon lequel le masculin l’emporte sur le féminin, que ce soit en matière de grammaire ou dans tout autre aspect de la vie (Bonfond, 2020). La langue française n’étant pas neutre, elle contribue à rendre invisible le genre féminin, pourtant très présent chez Culture & Développement. Ainsi, en espérant répondre de manière cohérente à cette inégalité symbolique entre les genres, on trouvera dans les textes suivants l’emploi du point médian.

La théorie du Donut

Toutes nos réflexions autour de la formulation de nos thématiques nous ont menés fréquemment au constat de leur évidente transversalité. Les questions sociales, culturelles, écologiques et économiques nous paraissent intimement liées, pour ainsi dire : inséparables. Cette transversalité appuie d’ailleurs, à nos yeux, la cohérence de notre réseau. Aussi, afin de mieux penser cette connexion entre nos trois thématiques, nous voudrions les appréhender à partir d’un concept récent proposé par Kate Raworth : la théorie du Donut (Raworth, 2018). Ce Donut est la représentation schématique, métaphorique, de nos enjeux. Il présente un espace sûr et juste pour l’humanité placé entre un « plafond environnemental » et un « plancher social », soit deux limites à ne pas franchir si l’on veut préserver l’humanité. Ce schéma permet d’associer les enjeux d’intégrité environnementale et de justice sociale dans un seul et même modèle. Il appelle à un travail commun renforcé entre des acteurs travaillant sur ces différents enjeux en leur offrant des points de connexion, une vision décloisonnée.

Un modèle économique

Le choix de ce modèle du Donut, créé par une économiste, n’est pas un hasard. Si l’on veut bien considérer que nos trois thématiques s’inscrivent au sein de ce modèle, celui-ci permet d’affirmer que l’économie s’y trouve partout, inévitable et pesante. Penser nos thématiques en considérant les contraintes, les privilèges et les dominations que crée le système économique, le capitalisme, c’est encore penser leur transversalité. Rappelons ici que l’appellation Culture & Développement traduit les préoccupations du réseau, qui entend rendre du sens au développement, en tentant d’enrayer la prise de pouvoir disproportionnée de la sphère économique qui se fait, dans le système ultralibéral actuel, au détriment de la culture et du social.

Un Donut de thématiques

Nous proposons d’inscrire notre action au cœur de ce modèle, en ce sens que la thématique 1 correspond au « plancher social », la thématique 2 à « l’espace sûr et juste pour l’humanité » et la thématique 3 au « plafond environnemental ». Bien sûr, il s’agit là d’un modèle peu nuancé, mais c’est une image forte qui nous permet de penser notre réalité concrète et complexe à partir d’un modèle commun.
Ainsi, nous pouvons tracer un Donut de thématiques pour le réseau Culture & Développement. Travailler l’une, c’est penser les deux autres, et inversément.