Citoyenneté, justice & équité

Thématique 1

État des lieux

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité (1), dit l’Article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pourtant, l’ironie dénonciatrice de la Déclaration partiale des Non-droits de l’Homme apparaît pertinente quand elle déclare que, effectivement, beaucoup d’humains naissent et que la liberté et l’égalité en dignité et en droits dépendent fortement du lieu où vous êtes né·e, de qui sont vos parents, et de quel gouvernement bombarde d’autres peuples (et/ou le vôtre) en son nom (2).

De fait, les inégalités entre les citoyen·nes sont loin d’avoir disparues au cours des dernières années. Quand on sait que seules les 2.153 personnes de la planète qui ont un patrimoine supérieur à 1 milliard de dollars détiennent 60% de la richesse mondiale et que 26 d’entre eux concentrent autant de richesses que la moitié de l’humanité (3), que la fortune des milliardaires augmente de 2,2 milliards €/jour alors que la précarité globale augmente (4)… ou encore que, en Belgique, les dix familles les plus riches du royaume cumulent une fortune de 73.8 milliards d’euros, tandis qu’un Belge sur sept vit sous le seuil de pauvreté (5), comment ne pas céder, particulièrement pour les plus pauvres d’entre nous, sinon au désespoir, à la méfiance ?

Notre système politico-social, non content de les augmenter, produit les inégalités et les exclusions. On parle aujourd’hui d’un véritable climat de méfiance, porté par l’Etat lui-même, qui enjoint les institutions, les mutuelles, les CPAS et autres acteurs sociaux à traquer la « fraude fiscale » ou encore à « activer » des allocataires soupçonnés de se complaire dans leur situation de pauvreté (6). Ce « contrôlisme » contribue à instaurer une méfiance et une perte de confiance pour les citoyen·ne·s dans l’aide qu’est censée leur apporter l’Etat. Les différentes attaques que subit régulièrement la sécurité sociale, pourtant mécanisme de solidarité et instrument de démocratie historique en Belgique, vont sans aucun doute dans le sens de cette baisse de confiance.

Outre la perte de confiance en l’appareil politique supposé démocratique et solidaire, la perte de confiance en soi est tout aussi préoccupante. La visibilité est mise à mal dans nos sociétés contemporaines et surtout celle des « invisibles » : les jeunes de banlieue, les adultes analphabètes, les étrangers, les minorités, tous ceux qui dans l’espace public sont cachés derrière des murs (7). Car derrière les murs, derrière les obstacles, on n’est plus à même d’exercer sa citoyenneté. Quand les aléas de la vie en décident autrement et quand la solidarité n’est pas mise en avant, c’est l’individualisme et l’égoïsme qui priment, le chacun pour soi, l’auto-défense et le repli sur soi. Les invisibles, les exclu·es sont de plus en plus mis à l’écart et stigmatisé·es sans que jamais la responsabilité du système ne soit réinterrogée radicalement. De fait, quand une population est méprisée et rejetée par la société, elle ne trouve de solution que dans l’entre-soi. Entre-soi qui, de plus, n’est pas problématique lorsqu’on fait partie de la majorité, de la classe dominante.

Nous constatons aujourd’hui avec quelle difficulté certain·nes tentent d’accéder aux allocations d’insertion et de chômage, ce même chômage qui est trop souvent considéré comme la conséquence d’un problème individuel et non pas comme un phénomène structurel, à de nombreux facteurs comme la conjoncture économique, l’enseignement, la mobilité, l’accueil des enfants, etc. De fait, une individualisation des enjeux sociaux collectifs se fait toujours plus grandissante. Alors que le plein emploi n’existe pas, c’est le·la chômeur·euse qui est considéré·e comme le problème, et le système n’est pas remis en question. On regarde l’arbre, pas la forêt qui brûle derrière… et les citoyen·nes peinent à conserver leurs droits et à se réinsérer dans un système excluant.

À l’échelle européenne, même mondiale, et la Belgique n’y fait pas figure d’exception, les dernières années ont profité aux représentants politiques d’une vision plus autoritaire et inégalitaire. À titre d’exemple, il faut citer la multiplication des mesures répressives, racistes, sexistes et antisociales : déchéance de nationalité qui crée des citoyen·nes de seconde zone, criminalisation de la solidarité avec les migrant·es et chasse aux exilé·es dans la Méditerranée, nombreuses entraves au droit de grève ou encore attaques du secret professionnel pour les assistant·es sociaux·les… Celles-ci constituent autant d’atteintes directes à nos droits fondamentaux. (8) Bien sûr, c’est aussi le résultat de plusieurs décennies de politiques de coupes budgétaires dans les services publics et la sécurité sociale, de précarisation du travail, fruits amers d’un projet de société qui vise à la compétition généralisée de tou·tes contre tou·tes (9).

Aussi, à l’heure de la globalisation et du changement climatique, la consommation des plus privilégié·es a un impact direct sur les conditions de vie des plus pauvres. La lutte sociale est donc inséparable des questions environnementales (notre thématique 3). Nous pouvons aujourd’hui établir avec certitude que ce sont les pays les plus riches et les plus industrialisés, qui ont le plus émis de gaz à effet de serre. On sait également que ce sont les individus les plus riches qui ont les modes de vie les plus polluants et destructeurs du vivant. (10) Ne pas défendre la justice sociale revient donc aussi à ne pas prendre en compte les dominations qui s’annoncent de plus en plus fortes sur le terrain de la justice climatique.

Objectifs

En termes d’objectifs, il s’agit donc de défendre un plancher social solide, qui ne laisse passer personne au travers et soutient véritablement les individus. Le plancher social retient onze nécessités de vie ou « dimensions de vie » distinctes, correspondant aux besoins humains dont personne ne devrait manquer : une alimentation saine et nutritive, l’accès à l’eau potable et à l’hygiène, l’accès aux soins de santé, à une éducation gratuite, à un logement décent, à des services énergétiques adéquats, à des revenus suffisants, à des réseaux de transport et d’information. Ces objectifs doivent être atteints dans le respect de la justice sociale et de la démocratie. Ce plancher social s’appuie sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui établit le droit de chaque individu à la majorité des nécessités de base. (11)

Nous entendons défendre des droits citoyens, acquis au cours d’une importante histoire sociale et que nous ne voulons voir ni disparaître ni réduire. En les décryptant, nous voulons aussi dénoncer les injustices sociales, le non-respect des droits fondamentaux et ainsi défendre un modèle de société qui nous paraît plus juste et équitable. Nous entendons défendre une sécurité sociale inclusive, non excluante, et lutter contre les coupes opérées dans cette même sécurité sociale ayant pour effet d’exclure les citoyen·ne·s et de les pousser vers la pauvreté.

Aussi, face au climat de méfiance, il faut opposer un portrait plus optimiste de l’Humanité. Le système néolibéral a oublié qu’Adam Smith (12), père des sciences économiques modernes, avait lui-même écrit que la constitution de l’homme renferme évidemment certains principes qui l’intéressent au sort des autres, et qui lui rendent nécessaire le bonheur de ses semblables lors même qu’il n’en retire aucun avantage que le plaisir d’en être témoin (13). De quoi réfléchir la domination des élites qui font constamment état d’un nombre trop élevé de soi-disant assisté·e·s, occultant par là-même leur statut personnel de véritables privilégié·e·s. Nous sommes des citoyens, avec des droits, avant d’être les consommateurs soumis aux injonctions d’un système libéral.

Nommer les dominations (capitalistes, financières, administratives, politiques…) et les privilèges qui agissent dans la société – et dans notre propre réseau – dans une démarche critique et autocritique doit nous conduire à identifier comment s’expriment les inégalités que nous prétendons dénoncer.

De plus, nous choisissons la solidarité face à l’individualisme, la force du collectif face à la pauvreté de l’égoïsme de classe, pour promouvoir les liens plutôt que les biens et construire une société juste et équitable. Nous entendons promouvoir l’émancipation citoyenne dans des valeurs de respect et d’ouverture en nous opposant au modèle dominant du système capitaliste qui écrase littéralement les plus faibles.

Stratégies d’actions

Dans notre réseau, les stratégies d’action sont diverses et répondent aux besoins primaires des individus et des collectifs.

 

  • Groupes de paroles et d’implication/d’action locale
  • Partage des parcours de vie en faisant se croiser les réalités des différents publics
  • Favorisation de l’émancipation et de l’estime de soi de publics précarisés par des ateliers d’expression, d’échange, de rencontres
  • Mise en place de groupes d’échanges, de réflexions et d’actions
  • Utilisation et créations d’outils culturels (théâtre-action, vidéos, livres…) pour dénoncer, interpeller, favoriser le changement
  • Soutien aux alternatives et micro-alternatives